“Samedi de l’économie” du 13 mai 2017

Lieu : Centre de Bopp
Thème : Les contrats avec Total : symbole de la mainmise française sur l’économie du Sénégal ?
Introduction

La démission ou « limogeage » du ministre de l’Energie et du développement des énergies renouvelables, Thierno Alassane Sall, par suite d’un désaccord avec le président de la République sur l’octroi à la multinationale française TOTAL de blocs d’exploration offshore, a suscité beaucoup d’interrogations et de supputations.

La signature de deux contrats entre le PDG du groupe Total et le gouvernement du Sénégal, marque incontestablement une nouvelle illustration du retour en force des entreprises françaises au Sénégal. Et aussi de leur très grande influence auprès du régime de Macky Sall, à tel point que d’aucuns parlent non seulement de mainmise sur les secteurs-clés du pays mais même de recolonisation pure et simple !

Un processus de recolonisation ?

En fait, la visite d’Etat de Macky Sall en France en décembre dernier, ponctuée par la signature de nombreux contrats, dont celui du Train express régional (TER), avait soulevé beaucoup d’interrogations. Le contrat du TER, dont le coût exorbitant (près de 600 milliards pour une distance de 57 kilomètres), avait été perçu par nombre d’observateurs comme une manière de forcer la main du président sénégalais à participer au sauvetage de l’entreprise française Alsthom, dont le gouvernement français tenait coûte que coûte à éviter la fermeture. En outre, il a été révélé que ce sont des entreprises françaises, notamment la SNCF, qui viendront s’occuper de la gestion du TER.

Le contrat du TER et l’octroi de blocs offshore à Total renforcent le sentiment diffus dans la population sénégalaise que notre pays est en train d’être recolonisé par la France.

Avec ces contrats, Total va renforcer son emprise sur le secteur des hydrocarbures, comme il l’a fait dans d’autres pays africains. Cette influence grandissante de Total dans notre pays fait courir d’énormes risques au Sénégal, quand on apprend que ce groupe encourage la « perversion du droit …la fixation des cours du pétrole et le partage des marchés ; la collaboration avec des régimes officiellement racistes ; la corruption de dictateurs et de représentants politiques ; la conquête de territoires à la faveur d’interventions militaires ; la délocalisation d’actifs dans les paradis fiscaux ; la pollution de vastes territoires au point de menacer la santé publique…». (Le Monde Diplomatique, avril 2017, p.23)

Le géant pétrolier français viendra ainsi renforcer la présence d’autres grands groupes comme Bolloré, Necotrans, et Eiffage, maîtres dans la logistique et les travaux publics. Les contrats léonins, signés avec ces sociétés, au détriment de sociétés nationales, ont été plusieurs fois dénoncés par les membres de l’opposition et de la société civile.

Sur le plan commercial, les géants de la distribution française, comme Dia, Auchan, Carrefour, sont en train d’envahir le marché sénégalais et d’étouffer ainsi le petit commerce, notamment les boutiques traditionnelles détenues par des Sénégalais ou des ressortissants de la sous-région.

Le secteur des télécommunications n’est pas en reste, avec France Télécoms et Orange, qui contrôlent respectivement la SONATEL et le marché de la téléphone mobile. La SONATEL, appelée le « fleuron de l’économie sénégalaise », est considérée comme une véritable poule aux œufs d’or pour France Télécoms.

Une reconquête facilitée par le franc CFA

Le franc CFA joue un grand rôle dans le retour en force des sociétés françaises. Le débat sur l’avenir de cette monnaie a eu un grand écho en France et suscite l’inquiétude des milieux d’affaires et des tenants du pouvoir. En effet, cette monnaie permet à la France d’accéder à moindre coût aux matières premières stratégiques des pays africains de la Zone Franc, comme l’uranium du Niger, le café et cacao de la Côte d’Ivoire, l’or du Mali, le pétrole du Congo, du Gabon et du Tchad, et maintenant celui du Sénégal ! Avec le franc CFA, les entreprises françaises ne courent aucun risque de change et peuvent rapatrier la totalité des énormes bénéfices faits en Afrique sans aucune restriction !

Le franc CFA constitue donc un des dispositifs essentiels dans la politique de reconquête de l’économie du Sénégal par les sociétés françaises. Cela explique les contre-feux allumés par les officiels français pour louer « les bienfaits » du franc CFA. De Michel Sapin, ministre de l’Economie et des Finances, au gouverneur de la Banque de France en passant par Christophe Bigot, ambassadeur de France au Sénégal, tous ont essayé de convaincre les Africains que le franc CFA est « dans leur intérêt » ! En réalité, derrière ce discours convenu, se cache une stratégie visant à protéger les intérêts économiques et la position géostratégique de la France dans ses anciennes colonies.

Les Conférenciers

Pour introduire les débats sur le sujet, ARCADE et la FRL ont invité Alla Kane et Mandiaye Gaye.

Alla Kane est Inspecteur des Impôts et Domaines à la retraite. Il est diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM). Il a servi dans plusieurs régions et acquis une expertise en matière foncière. Parmi ses contributions sur ce sujet :

• Etude sur les problèmes fonciers au Sénégal : historique avant, pendant la colonisation et depuis l’indépendance.
• Problématique foncière à l’épreuve des temps : cas du Sénégal
• Note technique sur l’immatriculation au nom de l’Etat des terres du Domaine national
Il a également fait plusieurs contributions dans la presse sénégalaise sur l’accaparement des terres et l’avenir de la paysannerie sénégalaise.
Alla Kane est un ancien membre du PAI et actuel membre de Yoonu Askanwi.

Mandiaye Gaye est un chroniqueur politique et social bien connu. Il est comptable à la retraite, ancien Secrétaire général de l’Institut Privé de Gestion (IPG), Il est écrivain à ses moments perdus, avec à son actif quatre ouvrages:
• Le Sénégal sous Abdoulaye Wade : Banqueroute, corruption et liberticide
• La problématique de la citoyenneté au Sénégal
• Le pouvoir de Wade : autocratie, impunité et perte de valeurs
• Le leadership politique en question en Afrique ou quels leaders pour une Afrique qui veut avancer. C’est son dernier ouvrage qui vient de paraître
Mandiaye Gaye est également un ancien du PAI
Agenda
9:00-9:30: Arrivée & inscription des participants
9:30-9:45: Mots de bienvenue de la FRL
9:45-10:00: Introduction d’ARCADE
10:00-10:45: Intervention de Alla Kane et Mandiaye Gaye
10:45-11:00: Pause-santé
11:00-12:30: Débats
12:30-12:45: Synthèse & conclusion
12:45-13:00: Infos et divers
13:00: Cocktail

Pour rappel :
Quoi : Les contrats avec Total : symbole de la mainmise française sur l’économie du Sénégal ?
Qui : ARCADE et Fondation Rosa Luxemburg.
Quand : Samedi 13 mai à partir de 09h.
Où : Centre de Bopp.
Web: www.rosalux.sn; www.arcade-afrique.org